Les défis du commerce

À la fin du XIXe siècle, des baleiniers étrangers ont apporté un aspect financier à la chasse au phoque menée dans l’Arctique. Peu après, la Compagnie de la Baie d’Hudson a instauré le commerce avec les Inuit. Dès lors, la chasse au phoque annelé était synonyme à la fois d’activité de subsistance et de source de revenu pour les chasseurs. La chasse au phoque a constitué une partie importante de l’économie informelle du Nunavut, même dans les années 60, lorsque les activistes pour le droit des animaux ont commencé à exercer des pressions contre le commerce des peaux de phoque. En 1972, le gouvernement des États-Unis a répondu aux demandes des activistes en adoptant le Marine Mammal Protection Act (Loi de la protection des mammifères marins). Les peaux de phoque provenant du Nunavut n’ont toujours pas accès aux marchés américains, qui représentent 85 % de l’exportation canadienne des fourrures à poils longs.

Dans les années 80, le Parlement européen a imposé des restrictions sévères à l’importation de produits dérivés du phoque, visant particulièrement la pratique de la chasse au phoque à Terre-Neuve. Les consommateurs n’ont pas pris note de la dispense qui fut accordée par le Parlement aux Inuit : les ventes des peaux de phoque de toute origine ont chuté et le marché des peaux de phoque annelé du Nunavut a disparu. Les ventes sont passées de 50 000 à 1 000 peaux en 1988.

La disparition de ce marché a entraîné une baisse significative des fonds pour le financement des activités de récolte de subsistance et a donné naissance à une série de problèmes sociaux, économiques et politiques dévastateurs.

Au milieu des années 90, on a assisté à la reprise de la demande pour les peaux de phoque, quoique les groupes contre la fourrure étaient toujours bien actifs. Une importante demande de la Chine et de la Russie pour les peaux de phoque du Nunavut a compensé une partie des pertes provoquées par le déclin de la demande européenne. Le marché intérieur des vêtements en peau de phoque a tout simplement explosé depuis la création du territoire du Nunavut. Un petit groupe d’entreprises et quelques producteurs et modélistes indépendants travaillant à la maison satisfont à cette demande.

Même si lors de son Congrès mondial de la nature de 2004, l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) – l’organisme de conservation le plus grand et le mieux respecté au monde – a vivement conseillé tous les gouvernements membres de n’imposer aucune autre restriction sur le commerce de produits dérivés de phoques dont la population est abondante, des propositions pour l’interdiction du commerce des produits dérivés du phoque voient continuellement le jour.

Des groupes européens pour le droit des animaux, soutenus par la Société de protection des animaux des États-Unis et le Fonds international pour la protection des animaux, se battent toujours pour l’interdiction de tout produit dérivé du phoque dans les pays membres de l’Union européenne. Les organismes du droit des animaux affirment qu’ils sont pour la récolte par les autochtones des peaux de phoque, mais qu’ils s’opposent à leur commercialisation.

Le Nunavut se cherche une niche dans le commerce mondial. Les Inuit guettent l’occasion de partager leurs ressources et leurs accomplissements, en espérant un avenir meilleur. Les valeurs de la conservation de la nature et celles de l’esprit de marché peuvent coexister. Malheureusement, des règlementations sans fondement scientifique sur l’exploitation durable font obstacle à cette rencontre.

 

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